Le vrai et le faux chic

Plus tard Coco Chanel, dont Sem
sera un fervent supporter et un ami,
s'intéressera à une mode féminine
facile à porter.

Puis vinrent la guerre de 1914 et ses
bouleversements. Après la guerre, le
monde a changé. On écoute du jazz
et danse le charleston avec frénésie.
Les belles parisiennes ont elle aussi
changé. Leurs robes sont fluides, co-
lorées, et plus féminines. Sem, Coco
Chanel et Poiret ont fait école.

La mode a toujours intéressé Sem, qui fut
dans sa jeunesse un dandy très soucieux
de son allure. Il observe de près les gens
chic, la mode parisienne et la fashion de
Londres, et acquiert une véritable compé-
tence et un jugement critique reconnu.
Il tient d'ailleurs une chronique de mode
masculine dans un journal, des lecteurs
lui écrivent pour demander son avis.

Coco Chanel

En 1906 Sem écrit et illustre un
article intitulé La Mode Masculine
dans la revue Je Sais Tout. Il y dé-
crit, juge, explore, examine point
par point ce qui fait un homme élé-
gant. Loin des tenues ridicules et
excentriques il définit avec préci-
sion ce qui est simple, confortable,
fluide, et parfaitement harmonieux.

Concernant la mode féminine au
début du siècle, il la trouve com-
pliquée et lourde. Voici ce qu'il
disait à l'époque en parlant des
robes et accessoires féminins:
“Toilettes absurdes avec des cas-
cades de plis que rien ne justi-
fie, des écroulements d'étoffes

amorphes, des superpositions de
volants sans oublier les chapeaux
fous, encombrés de plumes d'au-
truches ou d'aigrettes pointées vers le ciel”.

Son album Le Vrai et le faux chic,
paru en juin 1914, défend cette
thèse dont les dessins sont l'illu-
stration : “la mode féminine actu-
elle est laide il faut la transformer
en la simplifiant”.

Le couturier Paul Poiret menait le
même combat dans sa maison de
couture en 1906 en innovant par
une fluidité, une souplesse dans
les tissus et dans les formes.