Depuis toujours Sem a une déléctation pour les
chevaux. Il a appris à les observer aux écuries,
attelées à la voiture de l'entreprise familiale ou
dans ses promenades périgourdines. Tout ce qui
vit et bouge dans la rue captive son attention. La
diligence ou la vieille voiture des Petites Sœurs
des Pauvres témoigne de cet intérêt jamais dé-
menti pour le mouvement hippomobile.

Il retrouve aux courses ce fourmillement, cet uni-
vers où se mêlent tous les sens, visuel, olfactif,
tactile, auditif qui excite sa sensibilité. L'odeur de
cuir, la robe des chevaux, le mouvement et la


subtile alliance de l'homme et du cheval lui sont
familières. Au plaisir des sens s'ajoute celui d'un
cadre d'observation privilégié : l'hippodrome com-
me l'opéra est le lieu par excellence où il faut être
vu. On y échange les derniers potins, on y montre
ses dernières toilettes, ses dernières conquêtes,
et on y fabrique des réputations : Sem trouvera là
de quoi aiguiser son crayon.

Au spectacle de la vie des chevaux, de leurs en-
traÎneurs, répond celui des tribunes où le besoin
de représentation et de l'émotion des spectateurs
est exacerbé par le jeu de hasard des courses.


Cet observatoire privilégié réunit les deux alti-
tudes, qui feront sa célébrité : l'aristocratie ani-
male avec le cheval et l'aristocratie d'une so-
ciété qui aime se mettre en scène. Sem n'est
pas moins sensible à l'une qu'à l'autre.

En 1908, il confit le dessin des chevaux à Rou-
bille, avec qui il partage le goût des silhouettes.
Ils réalisent ensemble un diorama en 1909, ex-
posant Rue Royale des silhouettes immobiles
en contre-plaqué, qui se détachent sur un fond
de voitures et attelages, en route pour les cour-
ses au bois de Boulogne.